Avec le temps..

Il était une fois.. Une raconteuse de livre qui s’est mise en mode procrastination.

procrastinating

Trad : Demain (Nom).  Mystérieux pays où 99% de la productivité, de la motivation et  de la réussite humaine sont stockées

Pas pour la lecture, non. Pour l’écriture. Parce que figurez vous que j’ai lu ces temps-ci quelques romans que je voudrais bien vous faire découvrir. Je prends des notes, je me dis qu’il faut que je le fasse et hop, je passe à un autre livre . Je prends des notes, je me dis qu’il faut que je le fasse etc etc.

J’ai accumulé beaucoup trop de notes.

Je mets tout ça en ordre et je vous reviens avec des belles chroniques qui vont vous donner envie de chômer au coin du feu cet hiver (ou au coin du radiateur, c’est selon).

Allez, c’est parti…

Lecture at the beach III : lecture pour un vieux rouge

Il était une fois… une raconteuse de livres qui allait vous parler d’une lecture truculente qui remonte à plus de dix ans et, cela, sans le livre en question sous les yeux. Exercice périlleux, mais à circonstance exceptionnelle…

René Fallet, ça vous dit quelque chose ? Peut-être que non. Mais si je vous dit, « Paris au mois d’août » ? « Les vieux de la vieille » ? Non ? « Le triporteur » ? Toujours pas ? Mais, et « La soupe aux choux » ?  Sans doute ?
Peut-être avez vous vu les adaptations… Autant vous dire qu’elles sont loin de rendre hommage à l’écriture du bonhomme.
Plongez-vous plutôt dans ses livres et surtout dans « Le braconnier de Dieu ».

Le braconnier de Dieu, c’est Grégoire Quatresous qui quitte son habit de moine comme il l’avait endossé : par hasard. C’est-à-dire que le hasard se présente sous les très jolies formes de Muscade, de quoi envoyer au diable Pompidou et la robe de bure. Et puis tant pis si l’amour ne dure qu’un temps : il y a toujours le vieil ami Baboulot et le Saint Pourçain. Même Jésus s’invite pour investir Grégoire d’une très haute mission..A37717

Beaucoup d’alcool, mais du bon, du parlé rural dont on entendrait presque l’accent, des situations complètement loufoques et tellement cocasses… René Fallet sait y faire pour conter ce genre d’histoire. Y a-t-il un sens à ce roman ? Peu importe. C’est juste une bonne histoire, un vaudeville poétique.

Alors, René, écoute bien. Il y a quelques années de cela, un vieux rouge qui cogite est venu voir l’excellente adaptation de ton livre par la compagnie de l’épouvantail. Il a rit, il l’a lu, il connaissait déjà. Je lui avais même mis dans les mains ton bouquin sur la pêche.
Il a du déjà arriver. Tu vas vite le reconnaître. Un barbu au yeux pétillants, un bon vivant, un gars droit dans ses bottes, un paysan qui a su défendu la cause, un gars joyeux…  Il n’a pas pu boire la bouteille de Saint Pourçain que je lui avais apporté avant hier.  C’est con, hein, d’autant que je lui devais une bonne caisse de conseil de livres. Alors, reçois-le bien, fais lui goûter ce vin divin et dis lui qu’il va nous manquer.
Et puis, mets lui un peu de Gaston Couté, tiens.

Le Braconnier de Dieu/René Fallet. Edition Gallimard. 6.60 €

 

Lecture at the beach II : Vous reprendrez bien un peu de chaleur ?

 

Il était une fois… une raconteuse de livre qui se replonge dans les romans policiers. Et qui en prend un au hasard.
« Mas cara de » lis-je sur la couverture fort attrayante . Mon espagnol est tout juste suffisant pour me faire dire que « Mas cara de », comme cela à brûle pourpoint, cela ne veut pas dire grand chose. Ma foi, tant pis, la quatrième de couverture est prometteuse, allons-y gaiement, il y a aura forcément l’explication du titre dans le roman.

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Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre qu’il fallait réunir les syllabes pour obtenir le titre. Hum, « Mascarade », donc. Soyez compatissants, s’il vous plaît, dites-moi que vous aussi vous trouvez le titre peu lisible ? Hein ? Allez ?
Et voilà que j’apprend que ce roman est le deuxième volume d’une tétralogie. « Même pas, peur, prenons le train en cours en de route » .
Et que le roman a été publié en février. J’aurai dû me méfier, là, par contre.

Nous voilà donc à Chicago, en 1928. En été, précisément.
Un été écrasant de chaleur pendant la prohibition dans une ville où deux clans mafieux font leur loi.
Autant dire que l’ambiance générale est très tendue….
Deux détectives privés, Michael Talbot et Ida Davies, personnages du roman précédent, sont engagés par une femme de la très haute société de Chicago afin de retrouver la trace de la fille de celle-ci et de son futur gendre, disparus peu  avant leur mariage.
Dans le même temps, le corps étrangement mutilé d’un homme blanc est retrouvé dans une rue d’un quartier noir où il n’aurait jamais dû être. Or, le photographe de scène de crime, Jacob Russo, est certain lui, d’avoir vu cela déjà auparavant.
J’imagine que vous ne serez pas surpris d’apprendre que les deux enquêtes finissent par se croiser. L’intrigue ne résume pas qu’à cela, mais il serait difficile d’en dire plus sans en dévoiler les ficelles.

Tout au long de ces 557 pages, nous, lecteurs/trices, sommes emportés dans cette vague de chaleur. Nous transpirons avec les personnages, nous vivons au rythme de la prohibition, du jazz, de la ségrégation. Nous pourrions presque toucher physiquement Al Capone (ce que nous n’aurions pas fait sous peine de mourir dans la seconde), écouter l’ascension de Louis Armstrong, danser, fréquenter les speakeasy..
Nous prenons au passage, bien que l’auteur ait pris quelques libertés avec certaines dates (ce qu’il détaille en fin de roman), une leçon d’histoire et de musique.
Notez que c’est un peu le propos. Ray Celestin explique qu’inspiré par l’Oulipo, il souhaite en quatre romans retracer l’histoire du jazz et de la mafia sur une période de 50 ans, au XXième siècle. Ainsi chaque histoire « […] présente une ville, une décennie, un morceau, une saison, un thème et des conditions météorologique différentes »(postface).
Et tant qu’à évoquer un morceau d’anthologie autant construire le rythme de l’histoire en se calant (à peu de chose près) sur le « West End Blues »de Louis Armstrong.
Je crâne un peu là, vous laissant croire que je connais tout du jazz. Ahaha. Que nenni. C’est grâce à ce roman que j’ai découvert de très beau morceau.

Cerise sur le gâteau : Ray Celestin écrit un thriller assez classique dans l’intrigue mais intelligent, captivant, réaliste historiquement (c’est un point qui me tient à cœur, je vous en reparlerai un jour) sans que nous nous trouvions noyés dans un amoncellement de détails, de notes en bas de pages.. La postface n’est là que pour ceux et celles que cela intéresse, elle ne donne pas de pistes supplémentaires de compréhension de l’histoire.

Il va me falloir dévorer le premier volume, Carnaval, et trépigner d’impatience pour la suite.
En attendant, si vous tentez l’aventure, un conseil : lisez le à l’ombre, avec une boisson fraîche et un brumisateur. Ce n’est pas pour rien qu’il est sorti en février, ce roman-là !

 

 

Mascarade/ Ray Celestin, traduit par Jean Szlamowicz. Edition du Cherche Midi. 21.50 €

« En retard, toujours en retard » ou le livre écrit d’une perspective autre que celle d’un être humain

 » A book from a non-human perspective »

Il était une fois... une raconteuse de livre qui trouvait cela assez incroyable d’avoir une tasse à l’effigie de Peter Rabbit dans une main et le roman « Watership Down » dans l’autre.
Ce qui pourrait paraître incroyable, c’est surtout de tenir dans une seule main le roman de Richard Adams (538 pages, tout de même).
J’ai eu vite fait de poser ma tasse, avec beaucoup de délicatesse, croyez-moi. C’est que j’y tiens à cette tasse, non pas parce que c’est une tasse Wedgwood qui vaut la peau des fesses mais plutôt parce que c’est une tasse qui me vient de ma mémé, dont  la panoplie de vaisselle-Peter-Rabbit-de-chez-Wedgwood était de sortie à chaque fois que ses petits-enfants lui rendaient visite.

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Cette panoplie ci-contre dont je suis, aujourd’hui, l’héritière, donc.
Je m’égare.
Comme vous ne lisez pas ce blog pour tout connaître du monde merveilleux de la vaisselle ni celui de ma fantastique enfance, revenons-en à nos lapins, en l’occurrence « Watership Down ». 

Paru en 1972, en Angleterre, ce roman a fait passer Richard Adams du statut « de premier assistant du ministre du logement » à écrivain à temps plein.
Il s’est vendu, en un an,  un million d’exemplaires de ce livre qui est devenu depuis l’un des classiques de la littérature anglophone.
Pas mal pour une histoire de lapins, non ?  Tout commence le jour où Fyveer a un terrible pressentiment : la garenne dans laquelle il vit en compagnie de son frère Hazel, va être détruite. Il faut donc fuir au plus vite, quitte à se passer de l’autorisation de leur maître. Luttant contre leur nature si casanière et si craintive, quelques lapins acceptent cependant d’accompagner les deux frères dans leur recherche d’une nouvelle garenne.
Ainsi commence l’épopée lagomorphement homérique (je vous laisse chercher)

Au vu de l’intrigue on aurait pu s’attendre a un (gros, très gros) roman pour enfant. Que nenni. Les lapins ne sont pas de « gentilles petites bêtes », les intrigues, les questionnements sont relativement complexes. Ainsi nous découvrons tout un univers avec sa propre cosmogonie, ses règles, ses langages… S’il y a certes de l’anthropomorphisme dans les pensées et sentiments de lapins, Richard Adams s’est largement inspiré d’un livre écrit par un naturaliste en ce qui concerne leur comportement.
Nous voilà regardant le monde à travers les yeux et les sensations d’un lapin.  Monde dans lequel les vilous rôdent et qui peuvent rendre nos héros complètement sfar.

Richard Adams nous propose là un grand roman d’aventure, un vrai.
Guillaume Gallienne en fait une très belle lecture ici .

Allez, c’est pas tout ça, mais je vais aller finir mon café dans tasse Peter Rabbit.

Watership Down/ Richard Adams, trad de Pierre Clinquart. Edité par Monsieur Toussaint Louverure. 21.90 €
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